Rencontre avec une nature libre : Le lion de mer des Galápagos, Zalophus wollebaeki

J’ai récemment assisté à une conférence de François Sarano, océanographe, plongeur et auteur. Ce dernier expliquait l’importance de la rencontre avec le monde sauvage qui selon lui permet le changement et l’importance de restituer ces expériences à nos semblables. Un humain touché par la nature et ses représentants au plus profond de lui et de son cœur serait plus susceptible de comprendre et plus enclin à respecter le vivant. Ainsi nous pourrions amorcer les changements nécessaires.

Dans cette optique et très touché par ces propos, j’ai décidé de partager mes propres expériences, certain que l’éducation et le partage font partie des solutions pour changer notre rapport au vivant. Moi-même touché au plus profond de moi par ma rencontre avec des baleines à bosse, il y a maintenant 12 ans, et de tant d’autres animaux dans ma vie, je témoignerai régulièrement de mes expériences qui m’ont mené dans la voie du militantisme en faveur des animaux et de la nature.

La rencontre

J’ai vécu une de ces rencontres fantastiques aux Galápagos avec des lions de mer endémiques de cet archipel. Le lion de mer des Galápagos (Zalophus wollebaeki) est une espèce d’otariidé qui vit sur les îles Galápagos et, en plus petit nombre, sur l’île de la Plata (Équateur). Sociable, il est souvent observé en train de prendre des bains de soleil sur des rivages sablonneux, des groupes de rochers et même sur les bancs publics ou de glisser avec grâce dans le ressac. Leur aboiement bruyant, leur nature enjouée et leur agilité gracieuse dans l’eau en font un emblème des îles.

Ils sont la plus petite espèce d’otariidé et sont en danger selon l’UICN. Les menaces principales sur l’espèce sont les déchets, les engins de pêche, les maladies et le réchauffement climatique notamment l’augmentation de la fréquence des phénomènes climatiques El Niño qui raréfient leurs sources de nourriture. J’ai eu la chance de croiser le chemin de ces magnifiques créatures lors de mon séjour dans l’archipel. Voici le récit d’une de ces rencontres.

Nous sommes sur un îlot que nous avons rejoint en bateau. Lorsque je débarque du zodiac, je repère un groupe de femelles à une trentaine de mètres couchée sur les rochers. Deux d’entre elles redressent la tête et regardent dans ma direction. Je semble être l’objet de leur curiosité. Nos regards se croisent et puis les deux consœurs se mettent à l’eau et nage dans ma direction. J’en fais de même sans me poser de questions. Le temps d’un éclair, les deux lionnes de mer, avec une grâce, une rapidité et une aisance déconcertante sont à quelques mètres de moi. Elles s’arrêtent un instant et m’observent. Elle semble me jauger et évaluer dans quelle mesure je suis digne d’intérêt. Puis elles se mettent à virevolter autour de moi. Il est difficile de suivre leurs mouvements tant elles sont rapides.

Que la danse commence

J’ai cette sensation qu’elles se moquent et se jouent de moi, ce bipède inadapté au milieu aquatique, lent, malhabile et affublé de drôles d’attributs.

Elles nagent avec beauté tournoyant sur elles-mêmes au point que cela donne presque le tournis. La plus facétieuse des deux vient d’entrée de jeux mordre mes palmes qui semblent retenir toute son attention. Ces artifices semblent réellement l’amuser. Elle ne mord pas pour agresser ou intimider, mais vraiment pour jouer, je le vois et le sens. J’ai cette sensation qu’elles se moquent et se jouent de moi, ce bipède inadapté au milieu aquatique, lent, malhabile et affublé de drôles d’attributs.

Ce sentiment dissipe totalement la légère appréhension des premières secondes face à un animal sauvage qui pourrait facilement me blesser. Elles tournoient autour de moi, me mordent une palme, comme pour me faire retourner, puis dès que j’essaie de leur faire face, virevolte de l’autre côté, me mordent la jambe et ainsi de suite. Nous entrons dans une espèce de danse sous-marine. J’ai cette sensation qu’elles m’observent, me scrutent, et surtout, que c’est moi qui suis devenu l’objet d’étude et même de jeu.

Contact

Elles s’approchent de plus en plus près à chaque passage, me frôlent au point que je puisse sentir leurs vibrisses effleurer la peau de mon visage.

Elles s’approchent de plus en plus près à chaque passage, me frôlent au point que je puisse sentir leurs vibrisses effleurer la peau de mon visage. Mon appareil photo devient l’objet de toutes les convoitises. Comme si elles comprenaient ce qu’est cet objet, elles viennent prendre la pose devant, le mordent, tournoient ce qui donnera des clichés uniques, drôles et touchants. Par principe, je ne touche jamais un animal sauvage, mais là c’est elles qui viennent au contact.

L’expérience est agréable. Les lionnes de mer me mordillent avec délicatesse comme un chien qui joue. Elles pourraient me faire mal et même me blesser grièvement, mais elles savent comment ne pas me blesser et me faire fuir. Elles m’apprivoisent peu à peu. Les rôles sont inversés. Je sens leur bouche me saisir un bras, une jambe. Je sens leurs dents si pointues, mais qui ne me font jamais mal. Elles sont d’une habileté et d’une délicatesse renversantes. Nous tournoyons ensemble dans une espèce de danse frénétique. Nous sommes si proches. L’une d’entre elles vient me saisir avec ses nageoires pectorales dans mon dos en me mordant l’épaule, pendant que la seconde s’immisce entre nous deux comme si elles se disputaient un jouet. Je la sens m’étreindre avec ses membres. Elles et moi sommes concentrés sur l’instant présent.

Elles pourraient me faire mal et même me blesser grièvement, mais elles savent comment ne pas me blesser et me faire fuir. Elles m’apprivoisent peu à peu. Les rôles sont inversés.

Nous sommes devenus des compagnons de jeu éphémère. J’éprouve une sensation de partage et de plénitude totale. Ces êtres m’ont offert un cadeau inestimable que je ne saurai décrire. Un moment de partage, de jeu et d’émerveillement qui dépassait mes rêves les plus fous. J’aurais aimé que ce moment ne s’arrête jamais. J’avais envie de partir vivre avec ces merveilles de la nature. Le froid me fera sortir de l’eau après une heure de joie intense. J’ai dû me rendre à l’évidence, je suis inadapté à cet environnement contrairement à elles qui sont parfaitement adaptées à ces conditions de vie. Leur beauté, leur aisance et leur grâce lorsqu’elles nagent en témoignent.

J’ai la sensation, la conviction que ce plaisir était partagé. Qu’elles aussi se sont amusées comme des folles, qu’elles ont agi de façon à ne pas m’effrayer avec délicatesse et habileté. Qu’elles ont cherché à gagner ma confiance ! Comme si ce sont elles qui cherchaient à m’apprivoiser. Si tel n’avait pas été le cas, elles auraient déserté sans les lieux. Il n’y avait aucune contrainte, aucune obligation, ni même un intérêt quelconque autre que le partage. Un moment désintéressé tout principe matériel. J’y suis allé sans trop me poser de questions avec un profond respect, admiration, retenue, discrétion et surtout avec mon cœur grand ouvert.

Moment de plénitude

J’ai la sensation, la conviction que ce plaisir était partagé. Qu’elles aussi se sont amusées comme des folles, qu’elles ont agi de façon à ne pas m’effrayer avec délicatesse et habileté. Qu’elles ont cherché à gagner ma confiance ! Comme si ce sont elles qui cherchaient à m’apprivoiser.

Elles me l’ont rendu au centuple. Lorsque l’on pose un regard différent, à mille lieues d’une mentalité qui considère la nature comme un bien de consommation dont on peut disposer à sa guise. Loin de cette mentalité qui permet à l’humain d’imposer son joug partout où il passe. Lorsqu’on ne triche pas, que le respect, la bienveillance et l’envie de partager sont sincères et ancrés au plus profond de nous, que nos préjugés sont laissés au placard. Lorsque nous acceptons de ne pas disposer comme on le souhaiterait et par conséquent assumons également les déceptions qui parfois vont avec. Lorsque nous acceptons que nous ne soyons pas les maîtres du monde et que cet animal en face de nous est peut-être plus intelligent, empathique, même spirituel, assurément plus habile et adapté à son environnement, que nous.

Que son monde émotionnel et sensoriel est tout autant, voire plus riche que le nôtre. Lorsque nous le considérons comme un égal en droit et que sa vie a autant de valeur que la nôtre, nous pouvons vivre de riches moments remplis d’émotions fortes avec les autres animaux. Si l’humanité adoptait cet état d’esprit, nous pourrions vivre en harmonie avec les autres habitants de cette planète.

Lorsque nous le considérons comme un égal en droit et que sa vie a autant de valeur que la nôtre, nous pouvons vivre de riches moments remplis d’émotions fortes avec les autres animaux.

Ce jour-là, je n’ai pas rencontré un animal sauvage, mais un être civilisé qui a fait preuve d’un haut degré de tolérance, d’intelligence, de curiosité, de sociabilité. Des êtres avec des personnalités singulières avec lesquels j’ai partagé un moment de paix, de sérénité et de plénitude.

Je suis infiniment reconnaissant envers la grande dame qui m’a permis de vivre ce moment unique et je souhaite à tout le monde de connaître cela un jour dans sa vie. Ce sont ces moments qui me confortent dans mon combat en faveur des animaux non humains et me motivent à continuer la lutte auprès de mes camarades de Sea Sheperd, mais également de toutes les associations qui œuvrent pour les animaux et la biodiversité. Merci de les soutenir.

Bibliographie

Shirihai, H., & Jarrett, B. (2014). Mammifères marins du monde. Paris : Delachaux et Niestlé.

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